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La Science et l’Amour tentant d’arrêter la fuite du Temps d’après F.-G. Ménageot (1744-1816) Tabatière - Email par Jean-Abraham Lissignol, Genève - vers 1810.

 

PATEK PHILIPPE MUSEUM

Deuxième étage (I)

LA COLLECTION ANCIENNE DU 16 e AU 19 e SIECLE

Le deuxième étage du PATEK PHILIPPE MUSEUM permet au visiteur de découvrir les trois premiers siècles de l'art de la montre à travers cinq cent pièces parmi les plus significatives du patrimoine européen et genevois, auxquelles s'ajoute une magnifique collection de portraits en miniature sur émail réalisés par de grands maîtres de Genève.

Premières montres
Quand la montre fut-elle inventée? Aucun spécialiste ne se hasarderait à avancer une date précise, pas plus qu'un lieu ni le nom d'un inventeur. Son ancêtre, l'horloge mécanique, apparaît en Occident aux alentours du 12 e siècle, produit d'un effort collectif né il y a environ 3 500 ans pour tenter de mesurer le temps au moyen de cadrans solaires, de clepsydres puis, beaucoup plus tard, de sabliers. Les premières horloges mécaniques sont gigantesques et il faudra attendre près de quatre siècles pour que l'invention du ressort à moteur et la miniaturisation progressive de leurs composants donnent naissance à ce trésor à porter sur soi qu'est la montre.

Le PATEK PHILIPPE MUSEUM présente quelques-uns des plus beaux spécimens de garde-temps fabriqués sur la période de 1500 à 1675, dont une très ancienne montre-tambour allemande qui, datée d'env. 1530-1540, enferme un mouvement entièrement en fer dans un joli boîtier cylindrique en métal doré finement gravé (Inv. S-457). Comme la montre en forme de Croix de l'Ordre du Saint-Esprit signée Abraham Cusin (vers 1630-1635) (Inv. S-473), les pièces créées en France près d'un siècle plus tard témoignent toutes d'une volonté de souligner, par la richesse des formes et des décors, le prix accordé à la possession d'un tel instrument.


Naissance de l'horlogerie genevoise

Cité calviniste, Genève accueille dès la fin du 16 e siècle nombre de ces huguenots français qui fuient la politique du roi Charles IX, ordonnateur en 1572 du massacre de la Saint-Barthélémy. A travers le compagnonnage, la religion protestante a fait de nombreux et fervents adeptes parmi les artisans. Les remous de la Réforme offrent ainsi à la cité lémanique un extraordinaire réservoir de talents qui, y important leur savoir-faire, lui assureront un rayonnement considérable dans les domaines complémentaires de l'horlogerie et de la peinture en miniature sur émail.


Une montre bassine richement ornée d'Etienne Ester avec indications astronomiques offre un bel exemple du haut degré de maîtrise atteint par les horlogers genevois dans les années 1660-1670 (Inv . S-280) tandis que, remarquables par leurs formes, deux créations de la décennie précédente rappellent que la montre, objet d'ornement exhibé autour du coup ou à la ceinture, pouvait être investie d'une fonction symbolique (religieuse ou profane) et témoigner ainsi des préoccupations de son porteur: le Memento Mori (~1650-60) de Marc Lagisse, dont la forme de crâne humain est destinée à rappeler le caractère éphémère de la vie (Inv. S-477), et le chimérique Dauphin de Jean-Baptiste Duboule (~1660), qui emprunte sa forme à l'un des motifs les plus appréciés par la noblesse de l'époque (Inv. S-326).


La peinture sur émail – de Paris…

Ce serait l'orfèvre français Jean Toutin qui, à Blois puis à Paris, aurait initié, vers 1630, l'art très précieux de la peinture miniature sur émail. Ce procédé novateur dont la technique d'une extrême délicatesse repose sur celle, millénaire, de l'émaillage, s'applique dans un premier temps à la décoration de tabatières et autres objets utilitaires parmi lesquels la montre occupe une place de choix. Comme en peinture, sujets religieux et mythologiques se partagent la scène artistique du Grand Siècle. Les oeuvres en miniature sur émail, d'une richesse polychrome et d'un éclat envoûtants, rivalisent de finesse. La famille Toutin et ses émules enthousiasment souverains et gentilshommes de l'Europe entière.


La collection du PATEK PHILIPPE MUSEUM recèle de nombreux chefs-d'oeuvre de la peinture sur émail de cette première période. On citera parmi les créations d'inspiration religieuse une magnifique montre avec couvercle de l'horloger parisien François Baronneau (~1640-45) retraçant, sur toutes les faces de son opulente boîte bassine, l’Histoire de la Vierge en une série de peintures en miniature attribuées à l'école parisienne (Inv. S-199). Cette dernière serait également l'auteur de l'étonnante Passion du Christ en «grisaille» qui rehausse une montre bassine, dont le mouvement est signé A. Mazurier (~1650). Une splendide reliure de livre, peinte sur les deux faces d’une Sacra Conversazione et de L'Adoration des Bergers d'après le Titien, est l’oeuvre d’un anonyme d’Allemagne du Sud (~1670) (Inv. E-82).

L'Antiquité et sa mythologie inspirent également des oeuvres d'une exceptionnelle qualité. Un Vertume et Pomone peint sur émail sur le revers d'un miroir pendentif des années 1640 (Inv. E-86) illustre la maestria d'Henri Toutin, qui emprunte ici à Ovide, tandis qu'un Théagène et Chariclée d'après Charles Poerson (Inv. S-200) rehausse des éclatantes couleurs d'un émail attribué au miniaturiste de Blois Robert Vauquer une merveilleuse montre bassine avec couvercle du Parisien Denis Champion (~1655)


Vertumne et Pomone Miroir pendentif. Email par Henri Toutin, Paris - vers 1640.


. … à Genève.
A la fin du 17 e siècle, le royaume de France a perdu tous ceux de ses miniaturistes sur émail – et ils sont nombreux – qui ont épousé le protestantisme. Un siècle de persécution religieuse a eu raison d'une noble tradition… qui s'est exportée dans tous les pays amis de la Réforme et, principalement, à Genève. Ces exilés donnent naissance à l’art genevois de la peinture sur émail par la dynastie des Huaud d’abord, suivie de celle des Mussard. L'avenir de la peinture sur émail est désormais entre les mains des artistes de la cité de Calvin qui, voyageurs cosmopolites ou sédentaires attachés à l'institution genevoise de la «Fabrique", porteront cet art – désormais dégagé de tout support utilitaire – à un suprême degré de raffinement.

Le portrait en miniature – le plus impitoyable test d'aptitude auquel puisse être soumis un peintre sur émail – devient un mode d'expression privilégié pour les artistes grâce au talent desquels Genève forgera sa réputation de capitale artisanale de l'Europe. De 1640 à 1750, l'histoire des arts décoratifs s'enrichit des noms prestigieux de Petitot, Bordier et Liotard, en circulation dans toutes les cours du vieux continent, d'Angleterre à la lointaine Russie. Ils donnent naissance à une solide tradition que perpétueront jusqu'au milieu du 19 e siècle les représentants de l'école genevoise.


Georges Villiers, duc de Buckingham Portrait en miniature. Email par Jean I Petitot, Londres - Daté 1640.


De Jean Petitot, fils d'une famille de réfugiés protestants, le PATEK PHILIPPE MUSEUM possède quelques oeuvres maîtresses. Son portrait en miniature de Georges Villiers, duc de Buckingham (Londres, 1640, Inv. E-76) est d'une telle finesse qu'il embellit encore le séduisant sujet d'une célèbre toile de Gerrit von Honsthorst dont s'est sans doute inspiré l'émailleur. Cette pièce très rare fait partie d'une collection de neuf miniatures appartenant à la période londonienne de Petitot. Citons également un portait de Louis XIV, roi de France, dans son cadre d'origine (Paris, vers 1670, Inv. E-66). L'art du pastelliste Jean-Etienne Liotard s'illustre notamment à travers un remarquable portrait de Charles-Edouard Stuart, The Young Pretender, prince d'Ecosse dans son riche cadre d'origine en or émaillé (Rome, vers 1736, Inv. E-01).

Autour de ces deux grands, s’illustrent d'autres miniaturistes (Louis du Guernier, les Frères Huaud ou encore Gregori S. Mussikinski) et d'autres portraits de personnages historiques célèbres tels la marquise de Sévigné, Sophie-Charlotte de Hanovre ou Pierre le Grand, tsar de Russie.



Charles-Edouart Stuart, "The Young Pretender", prince d’Ecosse. Portrait en miniature dans son cadre d’origine. Email par Jean-Etienne Liotard, Rome vers 1736.


La deuxième période (de 1760 à 1830)
fait découvrir au visiteur les portraits en miniature sur émail réalisés par les représentants de l'école genevoise. A l'époque de la Révolution française, Genève, capitale incontestée de cet art délicat, compte quelque 80 spécialistes de l'ornementation de produits de luxe, pour la plupart destinés à l'exportation. Dans leurs rangs, quelques femmes, dont l'intéres-sante Elisabeth Terroux qui, comme ses condisciples Jacques Thouron et Jean-François Soiron, décidera de s'installer à l'étranger.

Parallèlement à leur travail, est inventé en 1760 à Genève le « fondant» qui, appliqué sur la peinture à la manière d’un verni, donne à l’ouvrage une profondeur et un éclat incomparables. Cette technique révolutionnaire ne bénéficie d’abord qu’aux boîtes de montres et tabatières réalisées à la «Fabrique».

Entre autres portraits exquis: L'homme en habit marron de Jean-François Favre (Genève, daté 1778, Inv. E-117), Françoise Mégret d'Etigny de Jacques Thouron d'après Danloux (Genève, 1783- 85, Inv. E-133) et le Jeune homme devant le Lac Léman de Jean-François Soiron (Paris, daté 1802, Inv. E 127). Quelques tabatières peintes de scènes en miniature selon la technique de l’émail sous fondant laissent au visiteur un souvenir ébloui: La Science et l’Amour tentant d’arrêter la fuite du Temps de J.-A. Lissignol, Genève (~ 1810, Inv. E-142) d’après G. Ménageot et une Vue de Genève et du Mont-Blanc depuis Pregny de J.-L. Richter & A.-J. Troll, Genève (~1815, Inv. E-08).

 
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