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PATEK PHILIPPE MUSEUM Deuxième étage (II) Quand l'art horloger devint une science Dans la deuxième moitié du 17 e siècle, alors que la tradition genevoise de la peinture miniature sur émail s'apprête à voir le jour, un Hollandais donne à l'art horloger les deux «coups de pouce» qui lui manquaient pour accéder au prestigieux statut de science. Christiaan Huygens, mathématicien, physicien et astronome, confirme la justesse d'une intuition de Galilée et démontre comment compta-biliser le temps au moyen d'un pendule. Cette première découverte sera suivie, en 1675, de l'invention du balancier spiral qui transformera la montre en précieux instrument de précision grâce à l’adjonction de l’aiguille des minutes vers 1680. Finis les garde-temps qui nécessitaient plusieurs ajustements quotidiens, la montre moderne ne fluctuera plus désormais que d'une ou deux minutes par jour. |
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![]() Montre à double boîtier avec balancier spiral, régulateur à vis sans fin de Barrow et aiguille des minutes extensible Henricus Jones, Londres - vers 1675-80. |
Le
PATEK PHILIPPE MUSEUM témoigne du premier siècle d'horlogerie scientifique
à travers la présentation de garde-temps extraordinaires dont la sophistication
croissante sur une période de cent ans témoigne d'une double quête effrénée
de la complication et de la précision absolue. Parmi ses réalisations ambitieuses,
l'une des premières montres à balancier-spiral de l'histoire, réalisée par
l'horloger londonien Henricus Jones entre 1675 et 1680, comporte un régulateur
à vis sans fin de Barrow et une aiguille des minutes extensible. Il s’agit
de la plus ancienne indication des minutes connue à ce jour sur une montre.
Cette pièce (Inv. S-474) côtoie, entre autres curiosités, la montre de carrosse
avec Grande et Petite Sonnerie et répétition à quarts n° 1522 du Parisien
Julien Le Roy (~1740, Inv. S-450) et une montre à secondes qui va huit jours
sans remonter de Ferdinand Berthoud, rehaussée d'une peinture sur émail
de Hamelin (Paris, ~1758-59, Inv. S-208). |
![]() Montre à double boîtier avec balancier spiral, régulateur à vis sans fin de Barrow et aiguille des minutes extensible Henricus Jones, Londres - vers 1675-80. |
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La montre genevoise s'exporte en Orient Après un siècle d'exercice, les temps sont à l'exportation pour les horlogers genevois dont le commerce commence à s'ouvrir sur l'Orient. Le tour du monde des montres de Genève débute vers 1680 en Turquie, où la colonie suisse de Constantinople favorise l'introduction à la cour du Sultan (laquelle emploie, comme régleur officiel des pendules du palais Topkapi, le propre père de Jean-Jacques Rousseau). |
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![]() Le Melon Montre-pendentif avec automates et musique - Piguet & Capt, Genève - vers 1810. |
Toujours richement ornées, les montres «turques» exposées au PATEK PHILIPPE MUSEUM évoquent, à travers les motifs, cartographies ou paysages qui les rehaussent, la culture et la géographie levantines. Une montre bassine signée par le Genevois Jacques Quartier aux environs de 1670 présente ainsi une somptueuse boîte gravée de luxuriants motifs floraux ajourés et rehaussés d’émail translucide (Inv.S-228) . |
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Dix ans plus tard, c'est au tour de la Chine d'accueillir – via, d'abord, les commerçants britanniques – le savoir-faire horloger genevois, dont le prestige atteindra des sommets au 18 e siècle, sous le règne de Ch'ien Lung. Empreinte d'un exotisme discret qui en fait toute la saveur, les montres dites «chinoises", produites à Genève, ont la curieuse particularité d'aller par paires. De cette étonnante exigence chinoise, les horlogers genevois tireront le plus astucieux parti en poussant la sophistication jusqu'à réaliser des pièces jumelles au décor inversé. |
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![]() La Rose Montre "chinoise" avec répétition à quarts, mouvement entièrement en acier - Piguet & Meylan, Genève - vers 1820 |
On s'émerveillera d'une paire de montres signées Piguet & Meylan (1758-1823), présentant une peinture du miniaturiste sur émail J.-A. Lissignol inspirée de L'Amour et l'Innocence de Pierre Paul Prud'hon (Inv. S-470 a+b). La palme revient néanmoins à une paire de montres coeurs se faisant pendant qui, due à la même association de talents, contient un remarquable automate à musique (~1820, Inv. S-133 a+b). |
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L'âge d'or des automates Un détour par la Chine impériale nous conduit aux portes du 19 e siècle où Genève développe depuis déjà plus de deux décennies l'art spectaculaire des automates. Equipés de personnages qui, dotés d'une âme mécanique, entrent en mouvement pour indiquer l'heure, les automates méritent suprêmement l'appellation de «montres". Mais la plupart d'entre eux ne se contentent pas de montrer l'heure. Encore leur faut-il la chanter. Recourant à d'ingénieux dispositifs à musique, qui ajoutent encore à la complexité des mécanismes chargés de l'animation visuelle de leurs tableaux vivants, Jacquet-Droz et ses successeurs, Henri Capt, Isaac Daniel Piguet, Philippe Samuel Meylan, puis les Rochat et les Bruguier rivalisent de créativité pour offrir de l'horlogerie, l'image la plus poétique qui soit. |
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![]() Moïse Montre avec répétition à quarts par Jacquemarts. Déclenchement des automates au passage de l’heure ou à la demande. Anonyme, Locle - vers 1815-20. |
Est garanti de ravir tous les visiteurs de 7 à 97 ans, le magnifique Pistolet à oiseau chantant, créé vers 1810, par l'horloger genevois Rochat (Inv. S-107). En or gravé, rehaussé de perles et d'émail, un pistolet à silex, intégrant une montre sur la partie renflée de sa crosse, propulse à l'avant de son double canon, lorsqu'on appuie sur la gâchette, un oiseau au chant mélodieux. Autre chef-d'oeuvre esthétique et technique, l'automate Moïse avec répétition à quarts par Jacquemarts créé par un anonyme du Locle dans les années 1815-20 (Inv. S-155). |
![]() Pistolet à oiseau chantant Montre-objet en forme de pistolet à silex à double canon Rochat, Genève - vers 1810. |
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L'excentricité à l'honneur La fin du 18 e siècle est également marquée par le déferlement d'une vague d'excentricité qui inondera l'industrie horlogère jusque vers 1830. La montre à la mode, qui ne se satisfait plus de ne faire qu'indiquer l'heure, prend les formes et s'associe aux objets les plus divers, couteaux, flacons de parfum ou nécessaires de dames. Luxueux en diable, ces objets multifonctions richement décorés recourent aux métaux les plus précieux et font appel au travail des plus grands émailleurs et orfèvres du temps. Le développement de la mécanisation mettra un terme à ces joyaux d'impertinence. |
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![]() "Répétition perpétuelle à secondes" Montre à remontage automatique construite sur le principe des garde-temps avec répétition à quarts "à toc", date, phases et âge de la lune et indication de réserve de marche - Abraham-Louis Breguet, Paris. Vendue le 16 avril 1829, au banquier parisien, le baron Anselme de Rothschild. |
L'inoffensif Duel Amoureux de Moulinié, Bautte & Cie (Genève, vers 1805, Inv. 01 a+b) est constitué d'un paire de montres-objets en forme de pistolets à silex qui, actionnés, ne répandaient que le parfum issu d'une fleur surgissant au bout de leur canon. Une montre est cachée dans l'arrondi de leur crosse. |
![]() La Petite Sainte Famille d’après Guido Reni, dit "le Guide" (1575-1642) Montre bassine en forme de cœur Johann Martin, Augsbourg - vers 1675. |
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L'invention de la montre moderne Un petit retour en arrière s’impose pour retrouver, à la fin du 18 e siècle, celui qui, digne successeur du physicien Huygens, fit à ce point progresser la technique et l’esthétique horlogères qu’on le considérera comme le précurseur de la montre moderne. Inventeur d’un nombre impressionnant de dispositifs dont l’échappement à force constante, l’échappement naturel, le mécanisme parachute et le régulateur à tourbillon, Abraham-Louis Breguet, né à Neuchâtel en 1747, exerce ses talents à Paris où ses magnifiques garde-temps éblouissent les plus éminentes personnalité du temps. Sa création n° 160, fabriquée pour la reine Marie-Antoinette à la demande d’un officier de sa garde, reste dans les annales comme la première des montres les plus compliquées au monde. L’horloger meurt en 1823, laissant à son fils la direction d’une Maison dont l’activité se poursuivra avec brio jusque dans les années 1850. A cette date, la manufacture genevoise Patek Philippe reprendra le flambeau de l’horlogerie moderne de haut vol, incarnant dès lors pour les grands de ce monde ce que la maison Breguet avait représenté sur un siècle d’histoire. |
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![]() "Médaillon savonnette à tact" Montre à indication tactile des heures - Abraham-Louis Breguet, Paris - 1800-01. Vendue le "3 Messidor, An IX" (22 juin 1801) à Lucien Bonaparte (1775-1840), prince de Canino. |
Du génie horloger qui l’a précédé sur la voie de la perfection, le PATEK PHILIPPE MUSEUM possède près de dix pièces dont une Pendule squelette à trois roues avec équation du temps, calendriers républicain et grégorien et thermomètre, fabriquée à Paris entre 1792 et 1793 (Inv. S-332). Plus exceptionnelles encore sont la Pendule Sympathique et sa montre (Inv. S-188) vendues au banquier londonien Lord Baring en 1845. Cette pendule à sonnerie au passage des heures et des quarts avec quantième perpétuel a été spécialement conçue pour remonter et remettre à l’heure sa montre à heure sautante avec répétition des quarts et indicateur de réserve de marche. |
![]() Flore et Cupidon Montre bassine en "grisaille" sur fond "bleu mourant" - Henry Grendon, Londres. Email attribué à un atelier huguenot établi à Londres - vers 1645-50. |
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